Hôtes célèbres

Eisenhower

« De Saint Jean le Thomas, on découvre un des plus beaux panoramas du monde ! »
Cette phrase ; c’est le général Eisenhower qui l’a prononcée à la fin de l’été 1944 en contemplant, de la terrasse de la villa Montgommery, l’immense étendue de la baie du Mont-Saint-Michel



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Eisenhower
Dwigth Davis Eisenhower naît au Texas en 1890. Il est issu d’une famille très modeste, presbytérienne et mennonite, c’est-à-dire adepte d’une secte anabaptise (encore très répandue aux Etats-Unis) qui n’admet pas le baptême des enfants et soumet ses adeptes à un second baptême à l’âge de raison.
Personne, à commencer par lui-même, ne s’imagine à cette époque quelle fabuleuse destinée sera la sienne.

Eisenhower entre à l’école militaire de West Point à l’âge de 21 ans. Au cours de la première guerre mondiale, il demeure aux USA. Capitaine, il est instructeur de l’armée blindée.


[Il épouse en 1916 Mamie Douds qui bénéficiera, plus tard, d’une très grande popularité.
En 1933, le général Douglas MarcArthur le remarque. Il l’emmène avec lui aux Philippines. Quelques mois plus tard le voilà promu général de brigade.

Lorsque les Etats-Unis décident de participer à la Seconde Guerre Mondiale, le général Marshaall pense à lui pour diriger l’ensemble des opérations. Eisenhower s’installe à Londres en 1942. Il y fait très rapidement la connaissance du général De Gaulle, avec lequel il tissera de solides liens d’amitié.
« Je suis frappé, dit-il, par la très puissante personnalité du général De Gaulle auprès de qui les autres passent pour des poltrons » !
Pour De Gaulle « Eisenhower est un homme de cœur généreux ressentant la sympathie mystérieuse qui, depuis tantôt deux siècles, rapprochait son pays au mien ». (Mémoires de Guerre).

Eisenhower dirige les premiers débarquements en Afrique du Nord, en Sicile et en Italie. En novembre 43, le président Roosevelt lui confie la tâche de commander toutes les forces alliées qui se préparent dans le plus grand secret à débarquer en Normandie.
Le général De Gaulle, qui entretenait des rapports plutôt tendus avec le Président Roosevelt, lui dit au cours d’une rencontre à Londres :
« Mon général, vous allez libérer la France, je vous en remercie. Vous aurez à libérer Paris. Si j’ai un conseil à vous donner, n’y arrivez pas sans troupes françaises ».
Très ému, Eisenhower lui répond : « Je m’y engage ! » Il tiendra parole !
C’est ensuite la libération de la France, avec une halte de deux mois, à la fin de l’été 44, à St Jean-le-Thomas.
Le 9 mai 1945, Eisenhower est à Berlin où il reçoit la capitulation sans condition de l’armée du Reich.
En témoignage de sa reconnaissance, le général de Gaulle lui remet à Paris, le 28 juin de la même année, la Croix de la Libération.

De retour aux Etats-Unis, Eisenhower succède aussitôt au général George C. Marshall au poste de Chef d’Etat Major de l’armée américaine. On croit alors sa carrière sur le point de se terminer, d’autant qu’avec une modestie non feinte il dit et fait dire qu’il ne nourrit aucune ambition politique. C’était sans compter sur l’immense prestige et l’immense capital de sympathie qu’il suscite auprès des Américains.
En 1950, le président Truman l’installe à la tête de l’O.T.A.N., dont il devient le Commandant Suprême. Il y confirme son habileté diplomatique, ainsi que son sens du dialogue et de l’ouverture.

Après avoir refusé une première fois, celui que les Américains surnomment « Ike, l’homme tranquille » est largement élu, le 4 novembre 1952, 34ème président des Etats-Unis, sou l’étiquette républicaine. Ce sera le premier président Républicain élu depuis 20 ans. Son vice-président est un certain Richard Nixon. Le jour de son investiture, le 20 janvier 1953, le président Eisenhower déclare : « La Maison Blanche ne sera pas l’agence d’un parti politique ».
S’entourant de précieux conseillers, dont John Foster Dulles qui devient son Secrétaire d’état, Eisenhower décide très rapidement la signature de l’armistice en Corée.
Elu quatre ans plus tard, on peut dire que sa présidence aura été essentiellement marquée par la lutte contre l’inflation et la récession économique, par la lutte contre la ségrégation raciale et –autant qu’il a pu le faire – par la recherche de la détente Est- Ouest. Il reçoit notamment à la Maison Blanche Nikita Khrouchtchev.

La constitution américaine interdisant d’exercer plus de deux mandats, le président Eisenhower quitte le pouvoir en 1960. Un jeune sénateur démocrate du Massachusetts, John Fitzgerald Kennedy, est élu président. C’est le premier président catholique des USA. Il bat de justesse Richard Nixon, candidat républicain. Une ère s’achève, celle de l’Amérique de l’après-guerre.

Eisenhower se retire alors dans sa ferme de Pennsylvanie. Il consacre ses journées aux promenades et à la rédaction de ses mémoires.
Le 28 mars 1969, il succombe à une crise cardiaque. Il a 79 ans. L’affection que les Américains lui portaient ne s’est jamais démentie. Ils sont très nombreux le jour de ses obsèques. Dans la foule, un certain Charles De Gaulle qui a tenu à faire le déplacement, quelques jours seulement avant de quitter définitivement l’Elysée pour Colombey-les-deux-Eglises...

Au moment où le général Dwight Davis Eisenhower est porté en terre, un soldat prononce cette phrase issue d’une célèbre ballade militaire américaine : « Un vieux soldat ne meurt pas, il se contente de disparaître...

Eisenhower à Saint Jean le Thomas du 19 août au 29 septembre 1944

Alors qu'il commandait les forces alliées de Méditerranée, le général Eisenhower est nommé, le 12 février 1944, "commandant suprême des Forces Expéditionnaires Alliées".
Il se rend en Angleterre pour mettre au point le débarquement et établit son quartier général à Londres puis dans une résidence secrète.

Souvenirs de Jean Robidel
Eisenhower à Saint-Jean-le-Thomas (1944)
Après le débarquement du 6 juin 1944, son quartier général est transféré sur le continent, quelques jours à Le Mollet-Litry près de Cerisy-la-forêt puis à Jullouville, commune du Sud Manche, où il demeura deux mois.
Durant le transfert, Eisenhower confie au maréchal Montgomery le soin de le représenter et de diriger l'ensemble du front. Dans le même temps, il crée la 3ème armée sous le commandement du général Patton ainsi que la 1ère armée sous le commandement du général Bradley. Hodge prend le poste de Bradley.
Il s'agira de conduire l'avancée des troupes alliées en direction de la Bretagne et de l'ensemble du territoire français puis vers l'Allemagne, avec l'espoir de mettre fin à la guerre pour la fin de l'année 1944.
Le château de la Mare et la colonie de vacances de la ville de St Ouen à Jullouville où s'installa le SHAEF (Supreme Headquarter Allied Expeditionnary Force)
31 juillet 1944 : les américains arrivent à Jullouville.
Les services de l'état-major d'Eisenhower s'installent dans le château de la Mare, propriété de la colonie de la ville de Saint-Ouen. Une centrale téléphonique est édifiée. Sur le plateau situé au dessus de la vallée des peintres, un camp d'aviation va permettre d'incessants départs et arrivées d'avions de renseignement. Eisenhower habite une immense roulotte camping.
La maison Montgomméry : Sur le plateau de Champeaux, la route de Jullouville- Avranches permet au voyageur de prendre du regard la baie du Mont saint Michel dans sa quasi totalité. Le point de vue est assez remarquable pour avoir été qualifié par Edouard Herriot de « plus beau kilomètre de France". La descente vers saint Jean le Thomas laisse, sur la gauche, la falaise flanquée de belles demeures et propriétés boisées. Parmi elles, se cache la maison Montgomméry Celle-ci servira de résidence au général Eisenhower du 19 août au 29 septembre 1944.
Le choix porté par les américains sur cette maison a sans doute été préparé avec soin. A l'abri des regards, facile à protéger, en raison de sa situation en bord de la baie, sur un coteau escarpé, confortable et spacieuse, elle dispose d'une terrasse qui offre un panorama exceptionnel sur le Mont St Michel, le rocher de Tombelaine et l'ensemble de la baie. A proximité de la maison, s'élevait au 12ème siècle, le donjon du Chateau de St Jean qui lui même avait été édifié à l'emplacement de fortifications romaines. C'est dire que les américains chargés de trouver une résidence sûre ne s'étaient pas trompés. La maison porte un nom prestigieux : "Montgommery", souvenir du bastion que le Seigneur de Montgomery avait construit à cet endroit, au 16ème siècle. En 1944, la villa "Montgommery" est la propriété de Mr Benois, associé de la Maison Coty, la célèbre marque de parfums. A cette époque personne n'occupe la maison car la famille Benois a quitté sa résidence pour Genève et Chamonix.

PREMIERS CONTACTS : Mr Jean Robidel, 24 ans, saint-jeannais, est chargé d'entretenir la maison, le parc et les jardins qui sont situés alors de l'autre côté de la route, sur le coteau. Jean Robidel a échappé au service du travail obligatoire en Allemagne.
"Un jour, le 7 ou 8 août, un officier américain est venu me demander les clefs de la maison. Il avait demandé par politesse l'autorisation du maire de St Jean, Mr Percepied. On a parcouru le parc, il prenait des notes...quelques jours plus tard, un camion est arrivé. Des américains ont emménagé une baignoire, car celle de la villa était trop petite à leur goût. Les soldats ont déchargé du charbon pour le chauffage de la maison. Un groupe électrogène a été installé, car depuis le mois d'avril nous n'avions plus d'électricité. Suivaient des fourneaux à fuel pour la cuisine. Je fus chargé d'aller chercher un grand lit dans la villa voisine, propriété des Massin. Ma soeur et ma femme avaient fait le ménage et fleuri les pièces.
La caravane roulotte est arrivée par la suite.
Des stocks de nourriture et des rouleaux de tissus furent rentrés dans la propriété : ils occupaient la moitié de l'une des pièces de la maison.
J'avais vu auparavant apporter des kilomètres de fil de téléphone dans et tout autour de la propriété.


Les soldats américains à Saint Jean : Un dispositif de sentinelles avait été mis en place autour de la propriété, tous les 25 mètres. Elles étaient reliées entre elles par téléphone. Et sur la falaise de Champeaux, un camp de 2OOO hommes avait été monté en quelques jours. Des patrouilles de nuit de 6 hommes se relayaient pour protéger la villa. Les soldats américains venaient parfois boire un coup chez le père Redon, à l'hôtel de la Plage ainsi que chez la mère Rosper. Mais leur présence à St Jean était beaucoup plus discrète que celle des soldats allemands.

Le personnel d'Eisenhower : Durant la campagne d'Afrique du Nord, en Italie, et à Londres, un personnel accompagne Eisenhower. Il est encore présent à la villa Montgommery : son maître d'hôtel principal, Williams, un superbe noir bâti en armoire à glace, qui était "le chouchou" du général. Deux assistants cuisiniers, des noirs. Un vacher ! En effet Eisenhower avait deux vaches, Maribell et Lullabell pour le lait frais et la crème. Elles paissaient au dessus de la villa. Deux valets de chambre, l'ordonnance Michaël Mckeogh. Un chauffeur, Léonard Dray, de Détroit, ouvrier chez Ford et un mécanicien qui avaient à disposition trois Packard. Un plombier, Sam Cassalino, qui était originaire de New-York. Un tailleur, Michel Popp, yougoslave originaire de Belgrade. Celui-ci s'installera dans une grande avenue de New-York après la guerre. 3 ouvriers tailleurs étaient sous ses ordres.
Les blancs logeaient dans la villa mais les noirs, dans les dépendances. La guerre n'avait pas effacé les pratiques du pays. Tous ces gens avaient beaucoup d'estime pour celui qu'ils appelaient "le chef"

L'entourage d'Eisenhower : Occupaient la villa avec Eisenhower, le lieutenant-colonel anglais James Gault, de la garde écossaise qui représentait le maréchal Montgomery auprès d'Eisenhower et Kay Summersby, une belle jeune femme aux cheveux roux, que certains appelaient la "fidèle secrétaire" et qui faisait office de chauffeur du général. Et puis, il y avait les officiers de passage, Patton et Bradley, ces généraux avec qui Eisenhower coordonnait l'avancée de trois millions de soldats vers l'Allemagne, le général Koenig, les officiers de l'armée de l'air que je reconnaissais à leur uniforme et qui allaient participer à la bataille d'Arnheim. Le maréchal Montgomery n'est jamais venu à la villa : il faut dire que les deux hommes avaient peu de sympathie mutuelle.
Dans son livre "Croisade en Europe", Eisenhower cite tous ceux qui l'entouraient : "la qualité des services qui me furent rendus par mon état-major personnel est un de mes meilleurs souvenirs de guerre. Tous accordaient à mes affaires et même à mon confort, une priorité absolue".

EISENHOWER et la table : C'était un bon vivant. Il adorait la crème fouettée que lui préparait son vacher avec le lait des deux vaches qui elles aussi étaient arrivées à la villa Montgommery. Il dégustait la crème avec framboises et mûres sauvages. Le petit déjeuner était très copieux. J'allais chercher régulièrement du filet de boeuf, de gros morceaux, à la boucherie du village tenue par Pierre Grant, occupée aujourd'hui par Mr Lecarpentier. A 9 heures, chaque matin, Eisenhower venait à la cuisine. Il avait trois cuisiniers mais cela ne l'empêchait pas de faire lui-même sa tambouille. C'était la cuisine à l'américaine, généreuse en maïs, souvent très épicée. Par contre, les fruits de mer lui étaient inconnus. Je leur fournissais parfois des légumes du jardin qui s'étendait de la route jusqu'au chemin de la plage.
Un jour, Eisenhower est allé manger avec des généraux et Miss Kay à la Grande Auberge, tenue alors par Mr et Mme Tilche, juifs anglais qui portaient l'étoile jaune au revers de la veste et qui n'avaient jamais été importunés par les nazis. La Grande Auberge est toujours là, sur la route qui mène à l'Eglise, vaste demeure aujourd'hui transformée en appartements.
L'emploi du temps du général : Il allait et venait entre le quartier général de Jullouville et la villa Montgomméry, recevait les officiers, se reposait. Le mois de septembre n'avait pas été très beau mais il allait souvent sur la terrasse regarder et contempler les méandres changeants que le sable et les rivières dessinent dans la baie.

Atterrissage forcé dans la baie
Le 27 ou 28 aout, Eisenhower est parti pour Paris, afin de rencontrer De Gaulle après la libération de Paris par la division Leclerc. Son avion s'était envolé de la piste de Carnet à proximité de St James. La piste de Carolles était en effet trop courte pour l'avion du général. Ce jour-là, le brouillard était épais, le pilote a du posé son avion dans la baie du Mont St Michel. Le général en sortit avec une entorse au genou. C'est moi qui le soignais tous les jours avec de la tangue de la baie. Fangothérapie ou tanguothérapie déjà appliquée.
Dans "Croisade en Europe, Eisenhower relate cet incident : "nous essayâmes de traîner l'avion assez loin du bord de la mer pour éviter qu'il fut atteint par la marée montante. Ce faisant, je me démis un genou. Mon pilote Underwood m'aida à traverser la plage pendant que je scrutais d'un oeil anxieux la sable uni pour y détecter toute trace de mine enfouie...ce fut une marche pitoyable sous une pluie diluvienne.

Les relations avec les occupants de la ville

J'ai eu le privilège d'être le seul français à approcher le général et son entourage. J'avais mes entrées partout. Eseinhower parlait mal notre langue, j'ai donc eu peu de conversation avec lui.
Les sentinelles me demandaient souvent de l'eau, c'était l'été, et en échange, ils me donnaient des cartouches de cigarettes.
Lorsque la bataille d'Arhneim fut terminée, je demandai au colonel Gault si la guerre allait prendre fin rapidement. Il me répondit qu'il faudrait encore attendre plusieurs mois.
Le tailleur était un chic type, il s'exprimait bien en français. Il travaillait beaucoup, pour le général, ses officiers, Miss Kay...

Mais c'est avec Williams, le maître d'hôtel que j'ai le plus échangé. Ayant suivi Eisenhower en Afrique, en Italie, à Londres, présent aux repas, il était au courant de tout ce qui se passait. Je n'avais pas de poste radio, et avec Williams, j'étais au courant de l'avancée du front, des projets et des résultats.
C'est grâce à lui que je pus suivre les préparatifs de la bataille d'Arnheim.
Tous les gens de la villa venaient souvent nous voir chez nous à la villa Bingard. Ma mère leur faisait des crêpes. On passait de bonnes soirées avec eux. Heureux d'apprendre le français, ils étaient curieux de tout, regardaient nos livres d'histoire et cherchaient à nous faire plaisir. Ils m'offrirent du matériel pour me raser, Michel Popp voulut tailler des jupes pour ma femme et ma soeur mais celles-ci ne voulaient pas se déshabiller devant des hommes. Ma femme et ma soeur allaient chercher le bois et le cidre à la villa ; elles aussi avaient leurs entrées. Les américains leur offraient le thé et les faisaient monter dans leurs jeeps. Ils aimaient bien discuter avec elles.

La bataille d'Arnheim.

Il semble bien que le séjour d'Eisenhower à St Jean le Thomas ait consisté à coordonner les préparatifs de cette bataille. Il y avait chez tous le désir d'en finir au plus vite avec la guerre. Le plus impatient était sans doute Montgomery. Il persuada Eisenhower de lui affecter l'armée aéroportée alliée pour monter une attaque au pont d'Arnheim aux Pays-Bas. C'était le principal objectif de l'opération Market Garden. Il permettrait de franchir le Rhin par le pont d'Arnheim et de pénétrer dans la Rhur. C'en aurait été fini de la puissance de guerre nazie. Lancée le 17 septembre, l'opération Market Garden fut un demi échec dû au mauvais temps, la 1ère division aéroportée britannique fut décimée, la tête de pont de fut pas établie. Il faudra attendre le mois de mai 45 pour retrouver la paix.

Eisenhower et De Gaulle

C'est toujours par William que j'appris qu'Eisenhower n'avait aucune sympathie pour de Gaulle. En Afrique du Nord, Eisenhower avait rencontré l'Amiral Darlan qui faisait partie du régime de Vichy et que les américains avaient fait venir en Afrique du Nord. William me racontait qu'il n'avait jamais vu son chef aussi en colère que le jour où, au cours d'un repas, il avait appris que Darlan avait été assassiné, en décembre 42.

Départ

Après la bataille d'Arnheim, Eisenhower devait partir pour Versailles installer son quartier général. Avant de partir, le maître d'hôtel voulait faire une grosse commande de filet de
boeuf. La Normandie offrait des vivres, mais qu'en était-il de la région parisienne ?

Souvenirs de Jean Robidel recueillis par Louis Malle


Le 29 septembre 44, Eisenhower quittait la villa Montgommery, suivi de son entourage et de son personnel. Quand les soldats partirent, il ne restait plus que quelques fils de téléphone oubliés dans la propriété et le souvenir d'avoir vu les hommes du nouveau continent, leur matériel moderne, leur maïs, leur wisky. et quelques adresses que ma soeur a conservées. J'ai reçu après la guerre une ou deux lettres du personnel mais à ma connaissance aucun de ceux qui avaient séjourné à la villa, n'est revenu sur les lieux. En 1953, j'apprenais que l'hôte de la villa Montgommery en août et septembre 44 était élu président des Etats Unis. La télévision français vint me filmer, le journaliste Georges Panchené m'interviewa et j'eus droit à des émoluments d'artiste.

La villa Montgommery est toujours là, bien nichée dans la falaise regardant le va et vient de la mer et l'archange Saint Michel. Le temps efface les traces du passage des hommes, même célèbres. Pourtant la mémoire découvre encore ce moment de l'été 1944 qui vit l'extraordinaire libération de l'Europe du nazisme. St Jean-le- Thomas en fut un modeste point stratégique durant quelques semaines. Une plaque commémorative a été posée au carrefour de la route de Jullouville et de l'avenue de Gaulle. En 1953, le Conseil municipal de St Jean décerna au nouveau Président des Etats Unis le titre de Citoyen d'honneur de St Jean le Thomas.

Dwight David Eisenhower est mort en 1969, après avoir mis fin à la guerre de Corée et établi les premiers contacts directs avec l'URSS. Il avait été président des Etats-Unis de 1953 à 1961.

St Jean le Thomas, Avril 1993,

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